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En novembre dernier, est né d’une discussion entre plusieurs membres et sympathisants de notre section le texte suivant. Je prie ses auteurs d’excuser le retard que j’ai pris, pour plein de mauvaises raisons, à le publier. Finalement, le voici. En ces temps de préparation de congrès, j’espère que les camarades « d’en haut » auront le temps de jeter un coup d’oeil aux suggestions « d’en bas ». Bonne lecture.

 

Comment les leçons des 30 dernières années

Doivent-elles influencer la nature et la mise en œuvre

Du projet porté par le Parti Socialiste Français?

Depuis longtemps, le Parti Socialiste suit dans sa communication publique une ligne dont beaucoup savent qu’elle est surannée sans pour autant vouloir la modifier ni même en reconnaître publiquement le manque de pertinence. La raison de ce non-dit ou de ce double langage est qu’en l’absence d’alternative claire, le fondement historique de cette ligne reste fort, qu’elle permet d’opposer l’action de la gauche à celle de la droite et a donc autorisé la constitution des alliances larges nécessaires à la conquête du pouvoir.

Cette contribution explique d’abord pourquoi l’expérience des 30 dernières années a rendu cette ligne obsolète. Elle propose ensuite son remplacement par une stratégie visant à faire du P.S. le lieu privilégié d’une discussion publique sur tous les grands sujets économiques et sociétaux qui motivent les Français.

Pourquoi notre communication est-elle devenue surannée ?

On peut résumer cette ligne de communication de la façon suivante:

Le Parti Socialiste soutient les Travailleurs contre le grand Capital dont il faut contrôler la tendance à l’appropriation excessive des profits. Dans ce cadre, la puissance publique peut et doit intervenir directement dans le fonctionnement des entreprises comme des marchés.

Cette ligne que l’on peut aussi qualifier de dogme, est surannée parce qu’il est clair depuis longtemps que:

-les théories de Marx sont bien moins scientifiques qu’il ne l’avait cru,

– les économies de l’Est qui avaient voulu les appliquer ne créaient plus suffisamment de richesses et ont choisi de ne plus les suivre,

– la liberté des échanges est nécessaire à la croissance comme au développement de la démocratie et à la paix ;

– l’inflation consécutive à l’excès de dépenses budgétaires financées par la planche à billets pèse plus sur les classes sociales les plus pauvres et sur les citoyens les plus âgés dont la capacité d’emprunt est limitée. Comme l’Europe et la France ont vieilli, cette échappatoire n’est plus disponible.

-les entreprises de petite taille sont souvent le fer de lance du développement économique et de l’emploi et, comme l’a montré la crise que nous vivons, les dirigeants d’entreprise et certaines professions spécialisées (comme les traders et certains pilotes par exemple) promeuvent souvent leurs intérêts aux dépens de ceux qui possèdent le capital comme aux dépens des travailleurs.

Pourtant définir une ligne nouvelle et la faire partager par l’ensemble des militants restait difficile voire impossible tant que la réalité économique ne venait pas immédiatement contredire les politiques adoptées au nom du dogme. Car le succès de l’action des gouvernements de gauche au niveau local, au niveau européen et globalement réconciliait largement les militants et les citoyens avec les ajustements nécessaires pour corriger les incohérences de notre ligne en matière économique.

F. Mitterand a donc pu appliquer en 1981 un “programme commun” basé sur des nationalisations acceptées et soutenues par l’ensemble de la Gauche et augmenter le SMIC de manière significative. Deux ans plus tard pourtant, il devait rétablir un contrôle des changes et imposer une politique des revenus proposée par J. Delors. De plus, il ne fallut pas attendre bien longtemps avant qu’un mouvement de privatisation des entreprises nationalisées ne s’impose.

Cependant plusieurs facteurs permettaient d’éviter une remise en question du dogme socialiste. La politique de décentralisation lancée par G. Deferre s’accompagnait d’une influence croissante des élus socialistes au niveau local et d’une modernisation de la France des régions appréciée des électeurs. Le progrès au niveau européen et le projet d’Union monétaire porté par J. Delors permettait de renforcer l’influence du couple franco-allemand en Europe tout en permettant de gérer au mieux l’effondrement russe. Enfin, cet ensemble de succès et la stabilité des marchés qui ont accompagné la création de l’Euro permettaient d’ignorer la croissance du poids du budget national dans le PIB et l’accroissement progressif du poids de la dette publique.

Pourtant, les défauts de la ligne socialiste sont avec le temps devenus tellement apparents qu’ils ne peuvent plus être compensés par les succès enregistrés aux niveaux locaux et européens. L’Europe et la monnaie commune sont fondées sur un engagement de chacun de ses membres de respecter les règles négociées en matière de politique fiscale. La situation fiscale de la France ne permet donc plus la correction retardée des politiques erronées. Le non-respect des règles entraine en effet une hausse des primes de risque qui, malgré le bas niveau des taux d’intérêt, créent le risque d’un arrêt brutal du financement externe. Enfin, la contrainte de la dette limite de plus en plus la marge de manœuvre des élus locaux.

Par ailleurs, le développement des pays émergents renforce la concurrence et le besoin de compétitivité. Cette compétition renforce l’importance de l’investissement des entreprises. Quant aux développements technologiques, ils renforcent aussi le besoin de financement des petites entreprises et son urgence car l’avantage perdu sur la concurrence se rattrape de plus en plus difficilement. Ils renforcent aussi le besoin d’efficacité des dépenses publiques en matière d’éducation et de santé comme de taxation.

La ligne du Parti Socialiste ne peut donc plus se définir comme le soutien des Travailleurs vis-à-vis du grand Capital.

Comment réagir ?

Pourtant la plupart des valeurs socialistes demeurent pertinentes et reconnues par les militants comme par le grand public:

-L’égalité des chances et le rejet des inégalités excessives dans la distribution de la richesse entre travailleurs et citoyens demeurent des objectifs compatibles avec la croissance durable de l’économie.

-L’importance de l’action publique demeure car le fonctionnement des marches et la stabilité financière dépendent largement de la qualité de la régulation qui leur est appliquée.

-La globalisation renforce le besoin d’Europe comme d’internationalisme.

-La transparence et l’efficacité de l’action publique comme l’intégrité des élus et responsables sont aussi des valeurs socialistes. Elles impliquent pourtant que l’on reconnaisse à la fois notre ignorance lorsque nous ne savons pas ou ne savons plus et le progrès qu’apportent la recherche, les experts ainsi que la comparaison des stratégies nationales. Les socialistes ne peuvent rester sans réaction lorsque ceux qui ont prétendu avoir des solutions immédiates reconnaissent après leur échec leur manque de compétence.

En d’autres termes, l’objectif du Parti Socialiste doit être de faciliter le bon fonctionnement des marchés et des entreprises ou institutions créatrices de richesse pour permettre une rétribution proportionnée aux efforts de chacun, un développement et une répartition du bien-être aussi juste que possible ainsi qu’une égalité des chances valorisant au mieux les potentialités de tous.

La liberté des marchés est une condition essentielle de leur réussite. Mais la bonne règlementation de leur fonctionnement en est une autre. Ce qui implique que l’Etat peut et doit influer par la règle qu’il énonce sans pour autant remplacer les acteurs privés.

Mettre en œuvre les politiques correspondantes ne doit plus se faire par le soutien privilégié de certaines classes et la fidélité à une ligne préétablie mais dépassée. Cela aboutit trop souvent à créer ou à ignorer des positions dominantes handicapant la flexibilité des secteurs correspondants. Cela déprime l’investissement et encourage le développement d’activités nouvelles hors de France. Au contraire, il est nécessaire d’encourager l’identification et la mise en œuvre des standards économiques, financiers, fiscaux, comptables, éducatifs, scientifiques qui apparaissent les meilleurs et les plus effectifs au vu de nos valeurs. C’est cela qui encouragera la recherche comme l’investissement dans notre pays.

En particulier, la politique économique en général et celle du gouvernement ne se comprend que par référence à des discussions publiques avec les chercheurs, les chefs d’entreprises, les syndicats et les autres professionnels de toutes origines où la participation du militant et du citoyen se combinent à une présentation transparente de tous les éléments de choix. Tout le monde peut comprendre les tenants et aboutissements de politiques complexes lorsqu’elles sont exprimées en termes clairs.

Le Parti Socialiste ne rend service au public que s’il s’oblige à offrir à ce dernier un ensemble d’options dont la discussion a garanti la qualité et la pertinence. Les acquis ne le sont que pour autant qu’ils demeurent avantageux à la majorité ou à ceux qui sont effectivement défavorisés. Ils ne sont donc jamais définitifs.

Les sujets discutés doivent l’être au niveau pertinent, et donc au niveau européen aussi bien que national ou local. La meilleure façon de garder le soutien des électeurs n’est pas de prétendre avoir des solutions immédiates en toute circonstance car l’échec répété de ces solutions ne peut que favoriser les extrêmes de l’échiquier politique. Elle n’est pas non plus de se taire car le silence sur les questions complexes permet aussi aux extrêmes de critiquer à peu de frais. Elle consiste plutôt à organiser des débats prenant en compte les attentes comme les interrogations des citoyens et leur permettant de s’approprier les solutions qui en découlent lorsqu’elles existent ou leur absence dans le cas contraire.

Les socialistes français se doivent d’être européens, internationalistes et intègres. Ils doivent servir, par leurs positions comme par leurs discussions et par la méthode de réflexion qu’ils adoptent, le public en France mais aussi en Europe et globalement.

Un développement de la communication interne et externe du PSF permettant une participation accrue des militants et des experts dans tous domaines s’impose. Cela suppose que le PSF se dote ou fasse de plus en plus appel à des « think tanks » et trouve les techniques nécessaires pour tirer avantage de cette stratégie de « service au public ».

Cela peut se faire par l’utilisation de websites organisant et retraçant les évènements correspondant à cette réflexion. Cela passe aussi par le renforcement des coopérations entre fédérations départementales du PSF de façon à leur permettre d’organiser aussi facilement qu’à Paris ces évènements. Cela suppose une coordination constante avec les débats de nature similaire menés dans d’autres pays.

La transparence ainsi créée permettra l’identification des positions politiques correspondant à nos valeurs comme la sélection des militants capables de convaincre aussi bien le grand public qu’eux-mêmes. C’est cette discussion qui, par sa liberté et la qualité des propositions identifiées, peut permettre au Parti Socialiste Français de continuer la mise en application de ses valeurs et de garder le statut que son passé permet. C’est elle qui lui permettra de faire comprendre pourquoi de nouvelles politiques sont nécessaires pour pouvoir rester fidèle à nos valeurs. C’est elle qui fera la différence avec l’extrême droite comme avec la droite de l’échiquier politique français et donnera à nos idées une légitimité au niveau européen.

 

 

 

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