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Compte-rendu du débat télévisé Merkel-Steinbrück

Germany Elections TV Confrontation

 

Une note de notre camarade Mathieu Pouydesseau de la section de Berlin, initialement publiée sur le forum de la fédération.

 

Note Débat Merkel-Steinbrück
1 Septembre 2013
Synthése :
Un Peer Steinbrück particuliérement offensif, très précis dans ses arguments et ses faits, a mis à plusieurs reprises Angela Merkel en difficulté. Celle-ci gaffa, qualifiant Internet de « Nouveau continent », parlant d’absence d’espionnage du NSA « sur le sol allemand », et finit par entrouvrir la porte à une Grande Coalition.
Le sondage de la Première chaine publique allemande (ARD) donne Steinbrück gagnant à 49% contre 44%, et notamment à 52% chez les indécis. Merkel cependant reste la plus sympathique pour 52% des sondés.
Les principaux journaux hésitent à 23:00 dans leur titres entre victoire Steinbrück et match nul.
Les Duellistes :
Angela Merkel, née en 1954 à Hambourg, a grandi en Allemagne de l’Est où son père, Pasteur protestant, avait décidé – peu après la naissance de sa fille – de s’installer pour évangéliser.
Docteur en Physique moléculaire de l’université de Leipzig, Merkel travaille dans un institut de recherche à Berlin-Est au moment de la chute du mur.
Rapidement nommée porte-parole du dernier gouvernement de la RDA, elle est formée par Helmut Kohl, d’abord ministre de la Femme et de la Jeunesse (91-94) puis de l’environnement (94-98). Secrétaire Générale de la CDU après la défaite de 1998 (Union:35,1%), elle hérite de la présidence du parti en 2001 après qu’une affaire de financement illicite ai mis sur la touche Kohl et la plupart des concurrents de Merkel. Elle laisse cependant Edmund Stoiber, président de la CSU bavaroise, mené la bataille perdue de 2002 (Union : 38%). Cette défaite lui ouvre la voie pour mener la campagne de 2005, battant Gerhard Schröder et devenant chancelière d’un gouvernement de Grande Coalition avec le SPD (Union 35,2%).
En 2009, l’Union l’emporte avec 33% des voix devant le SPD et peut mener une coalition avec les libéraux du FDP (14,6%).
Angela Merkel a profondément transformé la plate-forme politique de la CDU, l’amenant au centre, ouvrant un espace à droite qui pour l’instant n’est pas occupé, et cannibalisant le FDP, son allié actuel.
Peer Steinbrück, né en 1947 à Hambourg, y a grandi. Après un diplôme d’économiste à l’université de Kiel (1974) il commence sa carrière comme fonctionnaire au ministère des transports et de l’urbanisme, avant de rejoindre en 1978 le cabinet de Helmut Schmidt à la chancellerie comme conseiller à la Recherche et aux technologies. Après la défaite de 1982 le cabinet du président de région Rhénanie du Nord-Westphalie Johannes Rau. Steinbrück construisit sa carrière dans cette région, devenant secrétaire d’État, puis ministre régional. En novembre 2002, Steinbrück devint président de la région suite à la nomination de son prédécesseur au gouvernement Schröder. La défaite de Peer Steinbrück en Juin 2005 entraina la décision de Gerhard Schröder d’appeler à des élections anticipées, perdues avec 34,2% des voix. Peer Steinbrück fut nommé ministre de l’Économie et des Finances et devint nationalement connu du fait de son action avec Angela Merkel pour résoudre la crise financière de 2008 puis en lançant les plans de Relance de 2009.
Peer Steinbrück obtint son premier mandat électif comme député en 2009. Battu dans sa circonscription, il fut élu sur la base de la proportionnelle.
Peer Steinbrück n’a aucune influence sur le programme du SPD. Principal penseur de l’aile droite « économique », celle-ci est marginalisée au sein d’un SPD traumatisé par l’héritage de l’agenda 2010 et la défaite de 2009. Le programme du SPD est le plus à gauche depuis la réunification, destiné à laisser un espace au centre aux Verts, et à remobiliser l’électorat de base, en partie passé au Linke, mais surtout passé massivement aux abstentionnistes. Steinbrück a été propulsé candidat en partie à sa grande surprise, parce que tous les autres ont conclu à l’impossibilité de gagner cette fois là. Certains pensent préparer une Grande Coalition, d’autres espèrent en l’ascension de Hannelore Kraft pour gagner en 2017.
Source : mes conversations avec des membres du Bundesvorstand, l’équivalent du Bureau National, et des collaborateurs de Sigmar Gabriel, le président du SPD.
Le Format :
4 Chaînes de télévision se sont associées, ARD, ZDF, les deux chaines publiques, RTL, et ProSieben, deux chaines privées, entrainant la présence sur le plateau de 4 journalistes-animateurs. ( A noter que l’un des animateurs, Stefan Raab, est une synthèse allemande du présentateur du Petit Journal de Canal Plus et d’Ardisson, en plus sportif, et le producteur de Lena, victorieuse de l’Eurovision en 2011…)
 Les deux duellistes, debout face à des pupitres, interdits de notes ou de documents, sont face aux journalistes.
 Durée 90 minutes prévues.
Pourquoi maintenant : Merkel l’a imposé, pour éviter une repolitisation/remobilisation peu de temps avant l’élection. Son calcul : l’abstention et la dépolitisation favorisent le vote légitimiste contre le vote d’alternance.
Situation de départ :
Simple en apparence, et compliquée potentiellement.
 Angela Merkel dispose dans tous les sondages d’une avance de 20 points sur Peer Steinbrück.
 Cependant, la chancellerie se décide au Bundestag, après des négociations de coalition entre les partis susceptibles de constituer une majorité parlementaire.
 Les sondages donnent la CDU entre 39 et 41% tendance stagnante, le SPD entre 22 et 26% tendance à la baisse, les Verts entre 11 et 14% tendance à la baisse, les Linke entre 7 et 10% tendance à la hausse, les libéraux entre 5 et 7% tendance à la hausse, les Pirates à 3%, les anti-Europe de l’AFD à 3%, et les divers (dont le NPD) entre 3 et 5%.
Coalition : 45 à 47%
Opposition : 44 à 46%
Divers : 9 à 11%
Le score des libéraux sera l’élément décisif pour la continuation de la coalition actuelle.
 Les scores des petits partis qui ne seront pas représentés démontre cependant une dépolitisation croissante de la société allemande. Cela peut aussi, à l’occasion d’une campagne marquée par une faible mobilisation et une forte volatilité de l’électorat, conduire à un 21 avril allemand (entrée au Bundestag des Pirates et/ou de l’AFD, rendant une seule coalition possible, la Grande Coalition.)
 A noter que plusieurs sondages mettent la Grande Coalition largement en tête des coalitions préférées des allemands. Cela peut jouer un rôle au moment du vote dans l’isoloir, les allemands pouvant combiner un vote de personne et de parti (2 bulletins, ou plutôt deux croix à faire).
Le Débat :
Chaque journaliste-animateur pose ses questions à tour de rôle. Cependant, à de nombreuses reprises, les deux candidats se sont interpellés/interrompus/répondus directement.
Les thèmes principaux :
Ronde d’échauffement sur la situation des sondages : Merkel (AM) 1 Steinbrück (PS) 0
 Steinbrück, nerveux, est ramené devant la faiblesse de la situation de départ. Merkel, un peu décontenancée par la question de Raab si elle n’est pas plus proche du programme du SPD que celui de la CDU, l’emporte facilement.
Ronde sur l’introduction éventuelle de péages en Allemagne : Steinbrück 1 Merkel 0
Le président de la CSU bavaroise Seehofer a déclaré qu’il ne signerai pas de coalition sans l’introduction de péages autoroutiers pour les non-allemands. Merkel fait une réponse allusive, Steinbrück explique les conséquences et interpelle directement Merkel : pour l’introduire, il faut aussi faire payer les allemands, donc compenser en supprimant la vignette, donc augmenter les prélèvements sur les classes-moyennes et les baisser sur les plus riches. Merkel est obligée de déclarer « il n’y aura pas de péages », la mettant en porte à faux avec la CSU.
Ronde sur le salaire minimum : Merkel 0,5 Steinbrück 0,5
 Débat technique, confus, Steinbrück dénonce la confiance aveugle de Merkel dans des conventions collectives fixant le salaire minimum en dessous des seuils de pauvreté. Celle-ci tente une diversion en faisant peur sur la politique fiscale du SPD et en se glorifiant des revenus fiscaux actuels mais une pointe de Steinbrück touche : malgré une conjoncture exceptionnelle, la dette publique allemande a progressé de 20%. Que serai-ce sans conjoncture favorable ?
Ronde sur l’Europe : Steinbrück 1 Merkel 1
La question européenne est revenue d’elle-même dans la campagne, avec l’aveu forcé de Merkel que la Grèce aura sans doute besoin d’un nouveau versement d’aides financières. Steinbrück rappelle la solidarité européenne au profit de l’Allemagne, après-guerre, avec le plan Marshall, avec le soutien à la réunification, et parle d’une responsabilité solidaire de l’Allemagne.
 Les réponses de Merkel sont aussi allusives. Une passe d’arme sur « l’irresponsabilité du SPD » – qui pourtant a voté le traité fiscal – laisse des traces sur le visage de Merkel.
Ronde sur les retraites : PS 1 AM 0
Le SPD est le seul parti à proposer une réforme, revenant sur l’allongement à 67 ans, et créant des ponts de sortie entre 60 et 65 ans. Le débat est cependant pas clair avec un Steinbrück offensif mais très technique, une Merkel pleine de promesses dans l’avenir.
Ronde sur NSA : PS 1 AM 0
 Merkel gaffe en parlant d’internet « ce nouveau continent », et parle d’absence de preuves pour un espionnage américain. Steinbrück rends hommage au courage civil de Snowden, et remets en cause les négociations sur le traité de libre-échange.
Ronde sur la famille : PS 1 AM 1
Match nul. Le débat porte sur la politique à la petite enfance, très clivante entre une « Prime au retour au foyer » imposé par la CSU bavaroise, et la mise en place d’une politique de créche et maternelles.
Ronde sur la Syrie : PS 1 AM 1
Tous les deux sont contres, tous les deux veulent une résolution de l’ONU.
Ronde sur les coalitions possibles : PS o,5 AM 0,5
Steinbrück dit clairement que lui ne fera pas de Grande Coalition. C’est sincère. Si une Grande Coalition devait avoir lieu, ce sera sans doute sans lui, avec Gabriel à la manœuvre.
 Merkel surprends en répondant non pas « Je veux la continuation de cette coalition », mais en répondant à Steinbrück qu’il est impossible d’exclure une coalition qui doit être faite pour le bien de l’Allemagne, qu’elle souhaite certes la continuation de celle-ci, mais rends hommage dans la même phrase au travail de la grande coalition. Un journaliste, Raab, le note et demande à Steinbrück pourquoi il ne dit pas oui à Merkel alors qu’elle le supplie de faire une grande coalition.
Jürgen Trittin, principal dirigeant des Verts, tweete « Personne n’a l’intention de construire une grande coalition », citant la phrase d’Ulbricht à quelques mois de la construction du mur de Berlin « Personne n’a l’intention de construire un mur entre les deux Allemagnes » .
 Mon évaluation : PS 7 AM 5.

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